Construire un escape game maison (en s'inspirant d'Hessequape)
Une chronique publiée le 9 février 2026
Créer un escape game fait maison, c’est accepter une vérité : tôt ou tard, quelqu'un tentera d'ouvrir ton cadenas avec sa conviction plutôt qu'avec un code péniblement acquis. Pour éviter le drame (et préserver tes meubles), je te propose une méthode 7 en étapes, testée et compatible avec les deux grandes écoles : le "pas d'électronique" vs. le "ça bip donc c'est stylé". Je te donne aussi quelques pointeurs vers mes livres dans lesquels j'ai introduit quelques éléments des escapes (oui, je suis un peu fan).
Le mythe des cadenas (et autres faux amis)
Beaucoup de projets d’escape game maison débutent avec une idée splendide, puis finissent sous une avalanche de cadenas achetés « au cas où ».
Or, un escape game, ce n’est pas un concours de serrurerie. C’est une histoire qui avance au travers d’objets, de déductions et de petits moments de panique maîtrisée. Si l’histoire est solide, un simple tiroir récalcitrant peut devenir une scène culte.
D’abord une histoire, ensuite des énigmes
Tu veux une recette fiable ? Commence par écrire une phrase.
- « Retrouver l’antidote avant que la soirée ne se transforme en tragédie digestive. »
- « Ouvrir le coffre multicolore avant le retour du propriétaire. »
- « Prouver son innocence avant l’arrivée du bailli. »
Cette phrase, c’est ton fil d’Ariane. Sans elle, tu risques d'improviser. Et l’improvisation, c’est beau… sauf quand elle te coûte 45 minutes de temps de jeu parce que “l’indice était pourtant évident”.
La méthode en 7 étapes (testée sur de vrais humains)
- Fixe une durée (45–60 minutes, c’est très bien). Tu limites la tentation d’ajouter une 12e énigme « parce que j’ai trouvé un cadenas trop mignon ».
- Choisis environ 6 énigmes, pas plus pour une première fois. Mieux vaut peu d’étapes bien liées que beaucoup d’étapes qui se répondent mal.
- Varie les types : fouille, logique, observation, manipulation.
- Fais un schéma (même laid). Une feuille avec des flèches sera utile pour clarifier les liens entre les indices à trouver dans la salle et les énigmes qu'ils permettent de résoudre. En plus, si tu n'as pas une structure purement linéaire (par exemple s'il faut résoudre des énigmes en parallèle ou bien dans un ordre variable), ça sera indispensable pour s'y retrouver (et communiquer à quelqu'un d'autre qui devrait gérer ton escape).
- Donne un rôle à chaque objet. Tu peux choisir d'inclure des objets inutiles, à condition qu'ils ne risquent pas de faire emprunter une mauvaise voie aux joueurs ou de trop les perturber.
- Prévois le reset dès le départ. Si ton escape inclut des éléments électroniques, il te faut un moyen de les réinitialiser facilement, ça te fera gagner énormément de temps par la suite. Encore mieux : un mode "admin" pour déclencher la réussite d'une énigme à distance (télécommande infrarouge) ou avec un badge RFID spécifique.
- Teste sur une personne qui ne connait rien et n'a pas peur de jouer le jeu honnêtement (c'est-à-dire de pouvoir évaluer objectivement ton jeu sans mettre ses erreurs sur le dos de ta conception).
Version sans électronique : le déclic avant le bip
Pas besoin de câbles pour provoquer un “ah !” collectif. Quelques mécaniques très efficaces (et très peu coûteuses) :
- Superposition (transparents, calques, fenêtres découpées).
- Miroir (sympa, immédiat, toujours un petit effet “sorcellerie”).
- Reconstitution (carte déchirée, puzzle minimal, plan incomplet).
- Codes cachés (acrostiches, initiales, erreurs volontaires dans un texte).
- Manipulation (aligner, orienter, trier, compter, organiser par couleurs, etc.).
Version Arduino/Raspberry : la magie, mais avec un interrupteur
Quand un objet répond, l’ambiance change. Une lumière s’allume, un loquet se libère, un son grésille, et soudain tout le monde réalise que ton jeu est solide (même l’ami qui ne lit jamais les consignes).
Idées “classiques qui marchent” :
- séquence de boutons (avec anti brute-force)
- RFID (poser le bon objet au bon endroit)
- capteur de lumière, de proximité ou de couleur (mais parfois difficile à calibrer, surtout si la luminosité de ta place tend à varier)
- capteur de séquence sonore (le fameux “toc toc” sur un baffle)
- servo ou solénoïde (avec relai) pour un “clac” final parfaitement jouissif
Ressource en or pour les makers : la chaîne YouTube Playful Technology, avec sa playlist Escape Room Tech Puzzles. C’est didactique, concret, et ça donne des idées géniales que tu pourras reproduire et adapter à ta sauce.
Si tu veux aussi lire ce que ça donne quand l’escape game se mélange au jeu de rôles, j’ai raconté l’expérience ici :
Quand escape games et jeux de rôles font des bébés !
Spoiler : ça implique un bouclier, de l'électronique, et des joueurs persuadés d’avoir déclenché la colère de Méduse.
Indices : aider sans humilier
Prévois trois niveaux.
- Indice 1 : recadre (“regardez plutôt cet objet”).
- Indice 2 : pointe la méthode (“essayez de superposer / compter / trier”).
- Indice 3 : révèle clairement la solution.
Hessequape, le berceau (fictionnel) des escapes
Le plus drôle, avec tout ça, c’est que je n’ai pas attendu de pouvoir créer un escape physique pour truffer mes histoires d’énigmes. À Hessequape, on aime déjà les mécanismes à effet magique, les énigmes et les révélations en cascade.
📚 Le Premier Festival
Dans Le Premier Festival, un prestataire mystérieux débarque avec sa fille Viaphane et installe un jeu d’évasion dans une caravane. Oui, au Moyen Âge. Oui, c’est parfaitement raisonnable.
📚 Le Premier Fou
Le Premier Fou se termine sur une mécanique qui flirte avec l’esprit escape game : un secrétaire mystérieux qu'un personnage va tenter d'ouvrir en combinant des éléments disséminés dans les chapitres précédents.
📚 Les Pros et les Cons
Dans mon recueil Les Pros et les Cons, il y a la nouvelle Le Canisite (qui recevra une suite dans mon prochain recueil). Disons qu’un grand fan d’escape games y découvre des énigmes qui viennent tester ses limites.
Si tu veux retrouver tous mes livres au même endroit, rendez-vous sur la liste des ouvrages.
Check-list finale
- ✅ Une phrase-mission (objectif clair)
- ✅ 5 ou 6 bonnes énigmes variées
- ✅ Un organigramme (même moche)
- ✅ Un système d’indices en 3 niveaux
- ✅ Un reset prévu
- ✅ Un test sur humains non complices
- ✅ Une fin satisfaisante (même symbolique)
Si tu veux me raconter ton projet (ou me confesser ton addiction aux cadenas), tu peux passer par la page Contact.